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Rencontre avec monsieur Jean-Guy Poulin, propriétaire du Canadian Tire de St-Jérôme et présentateur officiel du Cocktail & Encan des Fêtes de la CCISJM !

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Entrevue avec monsieur Daniel Jarry, St-Jérôme Chevrolet, Octobre 2017

Entrevue avec Cathy Lannier, Espace RODI,_Août 2017

L’œil vif et le pas assuré, je suis chaleureusement accueillie par monsieur Jean-Guy Poulin, propriétaire du 2e plus grand Canadian Tire du Canada, situé à Saint-Jérôme. Généreux de sa personne, nous discutons de sa longue carrière de plus de 60 ans dans le commerce de détail, dont plus de 40 ans au sein de Canadian Tire, présentateur officiel de notre cocktail & encan des Fêtes.

 

CCISJM : Comment avez-vous commencé dans le commerce de détail ? Depuis combien d’années ?

JGP : Je viens d’une famille avec peu de moyens. Nous étions 7 enfants. Même dans la pauvreté financière, c’était les moyens de l’époque et je l’ai accepté. J’ai fait mon chemin à travers ça. Même si je n’avais pas les plus beaux souliers, j’avais mon père, ma mère et mes frères et sœurs avec moi. Personne ne m’a gêné, je ne me laissais pas intimider. J’ai vu une annonce dans le journal « Devenez votre propre patron » en 1957. Cela m’a interpellé. Je suis devenu gérant d’un magasin Zellers et je le suis resté pendant 17 ans. Et maintenant, je souligne ma 43e année d’implication au sein de Canadian Tire. Le secret de partir en affaires, c’est toute une question…Cela part bien souvent de la question « Qui es-tu ? Est-ce que quelqu’un est prêt à te donner un coup de main ? ». Avant de commencer avec Zellers, je travaillais dans les moulins à papier, je voulais me promouvoir moi-même. J’avais pris un cours du soir pour apprendre à faire le papier et cela a impressionné mes patrons de l’époque, qui voulaient me voir réussir. Mais d’autres n’étaient pas du même avis et m’ont fait plusieurs obstacles. Cela m’a forcé à prendre un autre chemin : Zellers. Je suis naturellement doué pour le marketing et j’ai appris rapidement à connaître ma marchandise. J’ai tenté de changer la culture de l’entreprise au fur et à mesure que j’évoluais et ça n’a pas fonctionné. Canadian Tire est arrivé avec une formule similaire, j’allais avoir mon magasin et la maison mère allait me soutenir. C’était en 1973. J’ai eu mon premier magasin à Coaticook qui était assez petit. Le cheminement naturel t’amène à prendre des magasins de plus en plus gros sous la bannière. C’est seulement 15 ans plus tard que j’ai eu mon premier magasin qui était réellement profitable, avant d’arriver à St-Jérôme dans les années 90.

CCISJM :

Qu’est-ce qui définit un entrepreneur selon vous ? Comment savoir si on ce qu’il faut pour prendre en charge une succursale sous la bannière de Canadian Tire ?

JGP : C’est une grande question. Il faudrait d’abord connaître les motivations profondes et personnelles de l’individu. Moi, je suis très énergique, j’ai travaillé des semaines de 100 heures. Mon

épouse aimait moins cela à une certaine époque ! J’estime que la bannière compte pour beaucoup. J’estime même que la plupart des succursales n’existeraient plus si ce n’était de la force qu’amène Canadian Tire en matière de communications et marketing. C’est donc très difficile de percer. Il faut que tu aies quelque chose de spécial en toi pour démarrer. Tu dois déployer tellement, mais tellement d’énergie pour que cela fonctionne.

CCISJM : Alors vous êtes d’avis qu’il est plus facile de partir sous une bannière ?

JGP : Définitivement, parce que tu as beaucoup d’aide. Mais tout est possible quand on a de la volonté. Tous les métiers peuvent mener au succès. Si tu attends d’avoir tout en place pour partir en affaires, tu auras 65 ans ! Il faut avoir la passion de son projet et oser se lancer. L’élan vient de soi.

 

CCISJM : Avez-vous déjà douté de vos choix ?

JGP : Une fois ! Quand j’avais mon magasin de Coaticook, j’avais acheté une petite ferme et je doutais beaucoup sur mon avenir. La patience m’a porté fruit et m’a amené où je suis maintenant. Ma confiance dans le système et dans la bannière m’a aidé à accomplir beaucoup de choses. La bannière sert de garantie à la banque. Cela aide énormément. Mon beau-frère a démarré un magasin indépendant et cela a été très dur pour lui. Sans la bannière, je ne serais peut-être pas là aujourd’hui. Donc, pour suggérer à quelqu’un de se lancer en affaires, il faut la passion de la vie et de ce qu’on veut accomplir. C’est très général, mais il n’y a pas de clef magique. Je suis un grand optimiste. Jamais je n’ai pensé que le bateau allait couler. Jamais. Jamais. Jamais. Tu es un bœuf, tu travailles fort et tu avances dans la vie sans que rien ne puisse t’éprouver.

 

CCISJM : Pourquoi avoir choisi Zellers à cette époque? Est-ce que c’était un chemin naturel pour vous?

JGP : C’est vraiment l’annonce dans le journal qui m’incitait à devenir mon propre patron. Cela m’a chatouillé et je suis allé voir. J’ai passé les entrevues et j’ai mordu tout de suite. J’aurais pu aller dans le secteur du propane, mais je n’ai pas aimé cela. J’aimais la perspective de se développer soi-même dans son magasin, à l’intérieur des grands barèmes de l’époque. Mais le bureau chef s’est mis à contrôler davantage ce que les gérants faisaient et je crois que cela a contribué à leur déclin. Ils avaient des entrepreneurs et les ont convertis en robots qui devaient simplement ouvrir et fermer le magasin. Ils ont tué l’instinct naturel des gérants à suivre la clientèle. Ici, mon secret de la réussite, ce sont les employés. J’en ai comme nulle part ailleurs sur la planète ! Et je les aime, et je leur dis que je les aime. J’ai pu m’entourer des gens qui sont meilleurs que moi pour qu’ils s’amusent et développent le magasin comme ils veulent.

 

CCISJM : Cela prend une bonne dose de confiance pour apprendre à déléguer de cette façon, non ?

JGP : Effectivement, il y a peu de personnes qui osent le faire rapidement. Dans mon cas particulier, j’aime les gens. J’instaure un climat de confiance et d’équipe si bien que tout le monde l’accepte maintenant et tout le monde peut donner son opinion. Mon bras droit, Serge Mayer, chemine depuis 40 ans avec Canadian Tire. Il a commencé ici, avant mon arrivée. Ensuite, il est allé développer d’autres succursales avant de revenir ici à St-Jérôme en 2008. Pour ma part, j’ai acheté en 1993. La force de notre succursale, ce sont les gens. La jeunesse est toujours plus forte que la vieillesse. C’est comme une fleur du printemps. Moi, je me vois davantage comme une fleur d’automne ! Mais le monde, pour moi, c’est ma force. Guylaine Lanthier, ma gérante du personnel, vient également de Zellers. Sa fonction est de protéger mes employés, de s’assurer qu’ils sont bien et qu’ils soient bien écoutés. Les deux collaborent très bien ensemble et font toute la différence.

CISJM : Avec tout ce qui se passe dans la transformation numérique dans l’industrie du commerce de détail, que ce soit les géants comme Amazon, ou encore le commerce en ligne, sentez-vous les changements au sein de Canadian Tire ?

JGP : Oui, tout à fait. Le président de Canadian Tire a vu la vague venir il y a quelques années. Le commerce en ligne est de plus en plus fort. Nous travaillons avec certains magasins « test » pour développer la livraison gratuite. Toutefois, il ne faut pas oublier que les gens aiment encore les magasins. Il faut être serviable, chaleureux avec notre clientèle en magasin. Traitons-les comme des amis. Je prêche cette approche depuis des années. C’est ce qui a mené à notre campagne « Notre magasin » que j’ai mis en place à Saint-Jérôme. Nous nous impliquons aussi beaucoup dans la communauté, notamment avec la Fondation Bon Départ, pour soutenir les personnes plus vulnérables, les familles, les enfants.

CCISJM : Est-ce que votre famille est impliquée dans l’entreprise?

JGP : J’ai 7 enfants, mais j’ai seulement un fils qui a une franchise Canadian Tire à Montréal présentement. J’ai aussi 17 petits-enfants et 5 arrière-petits-enfants. Alors je peux te dire qu’à Noël, on a bien du fun ! Mais je pense que la relève au sein des enfants n’est pas toujours une bonne idée. S’ils n’ont pas la flamme du parent, cet instinct si spécial qui a mené au succès de l’entreprise, ils finiront par échouer.

 

CCISJM : Est-ce que cela a été facile de concilier une aussi grosse famille avec une entreprise de la taille de votre succursale?

JGP : Cela a été très difficile, car mes enfants sont tous différents et n’avaient pas besoin de la même attention. Mon épouse travaille encore, à 84 ans, quelques heures par semaine. On s’est rencontré à Toronto alors que nous étions tous les deux chez Zellers. Elle a beaucoup de cœur et elle a eu la patience d’épauler le volcan que je suis ! On avait besoin d’un et l’autre au moment qu’on s’est rencontré. Nous avons maintenant 57 ans de mariage d’accompli.

 

CCISJM : Comment voyez-vous la suite? Pensez-vous à la relève ?

JGP : J’y pense, à mon départ. Pour ce qui est de la relève, le système chez Canadian Tire fait en sorte que lors de mon départ, près de 8 personnes bénéficieront d’une promotion. Une nouvelle personne prendra le relais, alors qu’un autre plus jeune prendra sa place à lui et ainsi de suite. Les gens prennent des magasins de plus en plus gros dans leur carrière. Quand je suis arrivé à Saint-Jérôme, j’avais 58 ans. Alors j’imagine que la personne qui prendra la relève ici aurait autours du même âge. Ce sera un acte d’appréciation de la bannière de lui léguer le meilleur magasin au Québec.

 

CCISJM : Avez-vous des conseils pour des jeunes entrepreneurs d’aujourd’hui ?

JGP : D’aimer profondément la vie. De croire en ses idées. J’ai incité un de mes employés, bon en gymnastique, à démarrer son école. Il a débuté tranquillement et sa clientèle est en croissance maintenant. Je ne sais pas ce que j’aurais fait moi-même si je n’avais pas eu Zellers, alors j’essaie d’allumer cette flamme chez les autres. La porte s’est ouverte pour moi et je suis rentré dedans !

 

CCISJM : En terminant, en quoi votre association avec la Chambre de commerce et d’industrie de Saint-Jérôme métropolitain est importante pour vous ?

J’ai toujours pensé que l’union fait la force. Que les communications qui devraient exister dans une ville sont essentielles entre ses commerçants. J’ai connu des réseaux plus fermés, mais depuis quelques années, chaque personne impliquée à la Chambre de commerce donne un petit quelque chose pour que tout se passe mieux. Toute personne de bon vouloir peut accomplir de grandes choses. J’ai confiance que c’est le cas de la CCISJM à l’heure actuelle et nous souhaitons participer à son succès, parce que toutes les régions doivent avoir une chambre de commerce dynamique et en santé.